Qu’est-ce qu’un Géoparc Mondial UNESCO ?

Le label Géoparc mondial UNESCO est attribué par l’UNESCO et le réseau mondial des Geoparcs à un territoire présentant un patrimoine géologique remarquable. Il valorise une démarche ambitieuse portée par un territoire et tous ses représentants (élus, associations, habitants…).

Un géoparc fait-il uniquement référence à la géologie ?

Non ! Si un géoparc mondial UNESCO doit démontrer l’importance internationale de son patrimoine géologique, son principal objectif est d’explorer, de développer et de célébrer les liens entre cet héritage géologique et tous les autres aspects du patrimoine naturel, culturel et immatériel. Il s’agit de reconnecter l’humanité à tous les niveaux de la planète, et de révéler la façon dont elle a façonné les aspects de nos vies et de nos sociétés depuis 4 600 millions d’années.

Le label s’appuie sur 3 piliers :

Préservation

Une meilleure connaissance scientifique des sites permet d’orienter et d’adopter, si nécessaire, des mesures de gestion pour la préservation des richesses géologiques.

Education

Dans un Géoparc, la géologie est une porte d’entrée privilégiée pour la sensibilisation à l’environnement et au territoire.

Développement local

Dans un Géoparc, le géotourisme participe au développement local à travers un tourisme durable qui met en lumière cet héritage géologique remarquable.

En valorisant les richesses géologiques de son territoire, le Géoparc va permettre d’améliorer la prise de conscience et la compréhension d’enjeux de société importants sur la planète.

Liste des Géoparcs mondiaux

Un géoparc mondial UNESCO utilise son patrimoine géologique, en relation avec tous les autres aspects du patrimoine naturel et culturel de la région, pour accroître la sensibilisation et la compréhension des problèmes clés auxquels la société est confrontée, tels que l’utilisation durable des ressources de notre planète, l’atténuation des effets du changement climatique et la réduction risques liés aux aléas naturels. Il existe actuellement 195 géoparcs dans 48 pays.

Géoparc Chefchaouen

Le futur « Géoparc de Chefchaouen », qui comprend le Parc National de Talassemtane et la Côte de Ghomara (PNTLS-CG), est inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel du Maroc par l’UNESCO. Il se caractérise par sa grande biodiversité et fait partie de la Réserve de biosphère intercontinentale de la Méditerranée (RBIM). 

Situé au Nord-Ouest du Maroc au centre de la chaîne du Rif, il s’étend sur une superficie de 194010ha (1940,1km²) (cette zone contient la superficie de la partie maritime avec des limites à 1 km de la côte : 46,78 km²) répartie entre les provinces de Chefchaouen et de Tétouan, réparties sur 13 communes territoriales (Fig1). 

Le futur Géoparc de Chefchaouen (PNTLS-CG) englobe de magnifiques massifs montagneux calcaires, des roches métamorphiques et mantelliques au niveau de la côte de Ghomara dont les racines sont englouties sous la mer Méditerranée (Fig 2). Le parc national de Talassemtane (PNTLS) est traversé par de grandes sections de rivières qui forment de grandes vallées (par exemple, la vallée de Wadi Laou) (Fig. 2). Sur les falaises calcaires autour de Chefchaouen, pousse l’arbre endémique marocain « Abies marocana », chêne vert, chêne-liège, sapin et olivier sauvage. Vous pourrez y observer de nombreux rapaces dont l’aigle royal, mais aussi des chèvres de montagne et des gazelles et parfois un g de singes macaques. Elle recèle également un riche patrimoine culturel qui témoigne du brassage entre plusieurs civilisations qui s’y sont installées.

Fig1 : Délimitation et superficie du Géoparc de Chefchaouen

Figure 2 : subdivisions de la zone aspirante au Géoparc de Chefchaouen et potentiels naturels

L’aspirant Géoparc de Chefchaouen est un espace naturel à la géodiversité remarquable. Cette diversité se matérialise par 42 sites d’intérêt géologique de typologies différentes. Évaluation quantitative des SG inventoriés dans la zone d’étude à l’aide de méthodologies récentes (Reynard, 2007 ; Bruschi et Cendrero, 2009 ; Reynard, 2009 ; Pereira et Pereira, 2010 ; Bruschi et coll., 2011 ; Pereira et Pereira, 2012 ; Bollati et coll., 2013, 2015, 2018 ; Brilha, 2016), a conduit à la distinction de 17 géosites (Gorge et Oued Tassikisste, Panorama du Jbel Kelti, Calcaire de Nummulitidae, Talâat Adrhosse, Bassin de Tirinesse, Koudiat Achacha, Source de Ras Ma, Source de Chrafate, Brèche de Chrafate, Glissière d’Ametrasse, Jbel Chrafate Panoramic, Panorama de Jbel Lakraa, Mica des schistes de Targha, Gneiss de Stehat, Kinzigite de Beni Bouzra, Delta de Tihissase, Péridotite de Beni Bouzra) grâce à leur VS,   PUE et/ou PUT supérieurs à 75 %. L’évaluation a également révélé que le risque de dégradation de ces SG était modéré dans la plupart des cas.

Ces données prouvent que la géodiversité de la zone d’étude est suffisamment pertinente pour être utilisée à des fins scientifiques, éducatives et/ou touristiques.

Cette étude quantitative a révélé l’état des infrastructures dans chaque secteur et particulièrement les sentiers, dont certains sont plus faciles d’accès et d’autres plus difficiles. Le chapitre suivant tentera de présenter des propositions de développement qui déclencheront le projet d’utilisation des potentialités (éducatives et géotouristiques) de la zone d’étude en attirant un plus large éventail de visiteurs (étudiants et touristes) selon les normes du développement durable.

La plus grande partie du futur Géoparc de Chefchaouen, et plus particulièrement le Parc National de Talassemtane, s’étend sur la dorsale calcaire qui est formée par les sols carbonatés du Trias-Jurassique et qui constitue les reliques d’une marge continentale qui formait la marge continentale passive de la branche méridionale d’un ancien océan qui existait au Jurassique-Crétacé à l’emplacement de l’actuelle Méditerranée (Océan Téthys) fermée depuis le Crétacé supérieur suite à la convergence de la Plaques africaines et eurasiennes mais dont les vestiges ont été soit incorporés dans les chaînes de montagnes qui font partie de la ceinture orogénique alpine, soit engloutis sous la Méditerranée. 

Le futur Géoparc a fait l’objet de nombreuses études géologiques scientifiques, principalement stratigraphiques, paléontologiques, sédimentologiques et structurelles, qui ont contribué aux reconstitutions paléogéographiques et à la compréhension de l’évolution géologique alpine des montagnes du Rif depuis plus de 180 millions d’années et par conséquent de son homologue de la Bétique, puisque les deux chaînes partagent une histoire géologique commune.      

De plus, et d’un autre point de vue, les sols calcaires sont le terrain des phénomènes de karstification et des paysages karstiques par excellence. De splendides structures karstiques, superficielles (dolines, ouvalas, poljés, etc.) et souterraines (grottes à spéléothèmes) qui ont attiré de grands scientifiques, spéléologues et amateurs professionnels de spéléologie, subsistent dans le futur Géoparc.            

Le futur Géoparc est riche d’un patrimoine géologique qui intéresse la communauté scientifique et paysagère nationale et internationale (cascades et lac Akchour, canyons et gorges de la vallée de l’Oued Laou, pâturages perchés à haute altitude rappelant les plateaux tibétains, etc.) attirant des touristes de différentes nationalités. Le futur Géoparc accueillera des lieux où les amateurs de sports de montagne pourront pratiquer leur sport favori (alpinisme, escalade, etc.).